Isabelle Morin (Morin/Poirier/Bernier/Bastien) - Fiche Individuelle
Isabelle Morin (Morin/Poirier/Bernier/Bastien) - Fiche Individuelle
NomOvide Charlebois
Naissance17/2/1862, Oka
Décès20/11/1933
ProfessionPrêtre
Misc. Notes
Ovide Charlebois

En coup de vent, un messager pousse la porte du logis et s’écrie: "Vite! une malade sollicite de l’aide”. Sans hésiter, dans le froid de la nuit, Ovide s’engage derrière l’Indien qui ouvre le sentier de la forêt vers la réserve de Batoche. La sollicitude du missionnaire couvre de bonté la mourante. Tard dans la soirée, couvert de frimas, il entre chez lui et dit à la personne qui l’accueille: "Ma sœur, voici un présent pour vous". De dessous son manteau, enveloppé d’un chiffon sale, un enfant aux pieds nus. l’orphelin de trois ou quatre ans est immédiatement adopté à la maternelle. Ce soir-là, le geste de notre héros démontre en bref une épopée de notre histoire, une vie donnée pour un peuple bien-aimé. Pour nous, un exemple vivant, un goût nouveau de construire une société de charité et de respeContrat

Une famille vivante

Originaire du Bordelais, en France un soldat de la compagnie du capitaine Crisafy, Jean Charlebois vient au Canada en 1685 et épouse Marthe Perrier. l’un de ses descendants, Hyacinthe Charlebois épouse Emérence Chartier, dite Robert, et donne naissance à Oka, le 17 février 1862, à William Ovide, septième enfant d’une famille de quatorze. Alors que lac des Deux-Montagnes est gelé, le jour même et malgré le froid, les parents se rendent pour le baptême à l’église de l’Assomption. Hyacinthe, son père, s’intéresse beaucoup aux siens. Peu instruit, mais vaillant, il travaille sur une terre étrangère, puis achète un lot à Saint-Benoît. La terre peu fertile l’incline à choisir un nouveau terrain dans le canton qui devient là paroisse Sainte-Marguerite. À ce moment, Ovide a deux ans. Émérence, sa mère, est femme dépareillée, douce, affectueuse, à la fermeté mesurée, et veille à l’unité de la famille. Instruite, elle cultive le savoir-vivre et la piété de chacun, et apprend aux petits à lire et écrire. Aidée des plus grands, elle initie si bien Ovide, qu’il reçoit l’eucharistie dès l’âge de 10 ans. Doué d’une nature forte et tenace, l’enfant travaille volontiers à la maison et aux champs, manie avec habileté le marteau, la scie et la faux; mais les classes à l’école Sainte-Marguerite l’intéressent davantage, car il veut être prêtre. Un malheur cependant ralentit sa marche. Lors d’un accouchement, frappée par une fièvre puerpérale, sa mère meurt en 1874.

Formation d’Ovide

DEvant le drame, Hyacinthe cherche un soutien pour sa nombreuse famille. En 1876, il épouse en secondes noces, Emely Lane. Pour assurer leur sécurité, ils décident ensemble de s’établir à l’Assomption, où il trouve un emploi stable. Depuis un an déjà, soutenu par une bienfaitrice, Ovide poursuit les études classiques. il n’est pas un élève brillant mais jouit d’un esprit droit, appuyé par un bon sens remarquable. Travailleur fidèle, il se classe au-dessus de la moyenne. Un professeur témoigne: espiègle parfois, il reste étudiant modèle, pieux, généreux et serviable pour ses condisciples. En 1882, se présente le temps du choix de sa vocation. Sans hésitation, il opte pour la congrégation des Oblats. Accepté, il entreprend le noviciat qui, en 1883 le conduit aux vœux temporaires. il poursuit avec succès les années de théologie et reçoit en 1887 l’onction sacerdotale des mains de Mgr Grandin, qui se l’adjoint comme missionnaire. Plusieurs de ses frères et sœurs suivent son exemple du don de soi.

Serviteur auprès des indiens

Après un court séjour passé dans sa famille, le père Ovide réalise son rêve: Evangéliser les Indiens dans le territoire du Nord-Ouest, au Keewatin. il quitte donc Ottawa par train, le 27 août 1888, pour débarquer au lac Winnipeg. De là, il remonte vers le Pas, y rencontre le Père Bonald, qui le conduit le 7 décembre à sa mission Saint-Joseph de Cumberland, un territoire de plus de 130 kilomètres à sillonner. Sans tarder, il s’adonne aux leçons de la langue cri et du montagnais. Malgré ses difficultés de langage, il offre ses services religieux. Partout où il missionne un certain temps, il bâtit une chapelle et une baraque où résider. Ainsi s’élèvent sur son immense territoire une douzaine de chapelles, presbytères et écoles. Le voilà architecte entrepreneur, manœuvre. Rien ne l’arrête, les fours à chaux et les briques sortent de ses mains. Bien plus, il se fait maître d’école et juge de paix. Loin de ses confrères, il porte pendant 16 ans une solitude écrasante, plus dure que la brûlure du froid, le supplice des maringouins et la perte des sentiers en forêt. Seul l’amour de Dieu en l’eucharistie, en l’amitié de Marie et des gens de la forêt, ensoleille cet isolement ravageur.

Guide aimant de son peuple

En 1910, le père Ovide se voit présenté par les autorités comme vicaire apostolique du Keewatin. il plaide son incapacité qu’il perçoit comme un désastre. Soumis à la volonté de Dieu, il est consacré le 30 novembre par Mgr Adélard Langevin, archevêque de Saint-
Boniface et retrouve alors son calme. Le vaste territoire couvre le nord de la Saskatchewan et du Manitoba, soit du 53e parallèle jusqu’au Pôle. Une église difficile à organiser et à animer, car tellement étendue et toujours en recherche d’apôtres. Voilà l’entreprise spirituelle de 23 ans d’épiscopat qui le trouve fréquemment sur les routes. Lui-même raconte une visite "où j’ai parcouru environ 300 milles en chemin de fer, 80 par chemin non carrossable, 2000 en canot, 50 de marche avec portage. J’ai couché 60 fois sur le sol, sous la tente, visité 14 missions et confirmé 1100 indigènes."

À ce moment, Mgr Charlebois est décrit par un confrère comme un homme à la démarche assurée, au visage souriant, aimable, plein d’humour, joyeux comme saint François et avec un moral sans affaissement. Son travail apostolique, il le fait dans le dénuement, au point de se faire mendiant. Par économie, il se prive de sucre, de café. Son ministère le trouve armé d’une énergie indomptable. Lutteur pour la justice, il défend les minorités catholiques et autochtones. Plus que tout, il forme ses communautés chrétiennes, par ses visites et ses retraites de six jours. Sa grande joie est la réponse affirmative de Rome à sa supplique appuyée par 232 évêques, pour la désignation de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus comme patronne des missions. Pour lui, le temps est venu de déposer ses responsabilités. il ordonne son neveu coadjuteur et, le 20 novembre 1933, à 71 ans, il meurt dans le plus grand dénuement. Ses obsèques sont celles d’un pauvre.

Raymond Tremblay, capucin
Dernière modification 27/11/2001Créé le 10/3/2020 avec Reunion pour Macintosh
Mars 2020